
Les arbres morts sont bien plus que de simples troncs tombés. Ils représentent un abri, une source de nourriture et un espace de vie pour de nombreuses espèces qui, autrement, auraient du mal à trouver un lieu où vivre, surtout en milieu urbanisé. À Marimurtra, nous avons un bon exemple : le grand pin d’Alep (Pinus halepensis) qui, endommagé par un coup de vent il y a quelques années, est finalement mort, mais reste debout dans le Jardin.
Au lieu de l’enlever, il a été transformé en une sculpture de Land Art grâce à l’artiste blanais Miquel Gelabert. Aujourd’hui, cette œuvre est non seulement une pièce artistique du paysage du Jardin, mais elle est aussi devenue un refuge précieux pour la biodiversité.
Un nouvel habitant dans le Jardin : le pic vert
Cet hiver et ce printemps, nous avons eu une surprise extraordinaire : bien que le pic vert (Picus sharpei) ait été observé occasionnellement à Marimurtra les années précédentes, il n’y avait jamais encore été vu en train de nicher. Cette année, pour la première fois, il a choisi le pin mort pour creuser une cavité et y élever deux petits avec succès.
Ce fait montre à quel point la présence de bois mort peut favoriser des espèces forestières difficiles à observer dans des milieux humanisés. Le pic vert est une espèce protégée et considérée comme bioindicatrice : sa présence indique un environnement sain et équilibré. Sa nidification à Marimurtra est donc une excellente nouvelle pour la biodiversité du Jardin.
Alliés naturels contre les ravageurs
Les pics sont bien plus que de beaux oiseaux curieux : ce sont d’excellents régulateurs de ravageurs forestiers. Grâce à leur bec puissant et leur langue longue et collante, ils peuvent capturer des insectes cachés sous l’écorce ou dans le bois.
Quelques ravageurs que le pic vert peut aider à contrôler :
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Processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa) : se nourrit des premiers stades larvaires et des pupes.
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Scolyte du pin (Tomicus destruens).
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Capricornes des meubles ou du pin (Hylotrupes bajulus) : peut se nourrir des larves et des adultes.
Plus de faune qui profite du bois mort
À Marimurtra, plusieurs éléments de bois mort sont volontairement conservés comme habitats naturels. De nombreuses autres espèces utilisent ces espaces pour y vivre et participent ainsi à maintenir l’équilibre écologique du Jardin.
Oiseaux insectivores :
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Mésange charbonnière (Parus major) : niche dans des cavités de troncs morts et se nourrit de chenilles, papillons et autres insectes.
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Mésange bleue (Cyanistes caeruleus) : utilise aussi des trous dans le bois mort et chasse larves et pucerons.
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Grimpereau des jardins (Certhia brachydactyla) : cherche de petits insectes sous l’écorce.
D’autres espèces comme la chauve-souris oreillarde grise (Plecotus austriacus) ou celles du genre Myotis (comme la chauve-souris à museau sombre) peuvent utiliser les fissures d’arbres morts ou anciens pour se reposer ou se reproduire. Ce sont de formidables chasseuses de moustiques, papillons de nuit et autres insectes volants.
Le bois mort : bioindicateur de forêts saines
La présence de bois mort —troncs et branches tombées— est un indicateur clé de la maturité et de la bonne santé d’une forêt. Contrairement aux apparences, le bois en décomposition est une ressource vitale pour des centaines d’espèces.
Les cavités dans le bois servent de refuge à une grande diversité de faune, comme les oiseaux, reptiles ou mammifères. De plus, les insectes xylophages, comme les coléoptères, s’y nourrissent et s’y reproduisent. C’est un élément essentiel de l’écosystème, car ils représentent le premier maillon d’une chaîne alimentaire complexe.
Ce processus naturel n’est possible que grâce au travail indispensable des décomposeurs, tels que les champignons et les bactéries. Ce sont les acteurs silencieux : ils libèrent et recyclent les nutriments du bois mort, améliorent la qualité du sol et participent à la régénération forestière.
Marimurtra, un jardin vivant et en évolution
À Marimurtra, nous concevons la gestion des espaces verts comme un outil pour favoriser la biodiversité. Laisser les arbres morts sur place, lorsqu’ils ne présentent aucun danger, est une pratique simple et très efficace pour promouvoir la faune sauvage, surtout dans les environnements urbains où ce type d’habitat est rare.
La nidification du pic vert en est la preuve. Et ce n’est peut-être que le début.